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L’édification de la ville commence avec l’édification de la communauté

En
Des femmes à vélo dans un quartier urbain animé

Personne ne devrait être laissé pour compte dans le processus d’édification de la communauté, mais tandis que les villes deviennent plus grandes et plus riches, les personnes vulnérables passent à travers les mailles du filet.

La situation des sans-abri au Canada est difficile; la violence liée aux armes à feu est un problème dévastateur dans nos villes, particulièrement dans les communautés marginalisées et racialisées, et même la conception de nos bâtiments et de nos environnements d’apprentissage contribuent à l’exclusion des personnes ayant un handicap.

Toutefois, aussi sombres que paraissent ces questions, les experts à Ryerson travaillent en première ligne afin de trouver des moyens d’offrir à chaque citoyen et chaque citoyenne un avenir meilleur. Ils proposent des idées, des solutions et des approches qui ouvrent la ville à des perspectives prometteuses.

Covenant House, Toronto

Quatre murs et un toit

Le problème de l’itinérance au Canada est en train d’échapper à tout contrôle. Cette année, 325 000 personnes se retrouveront sans logis pendant une partie de l’année ou même pendant toute l’année. Elles trouveront peut-être un lit dans un centre d’hébergement plein à craquer ou, comme c’est de plus en plus le cas, elles n’en trouveront pas.

« [L’itinérance est] partout — les grandes villes, les petites villes, les villages », affirme Cathy Crowe (en anglais seulement), praticienne invitée de la Faculté des arts, membre de l’Ordre du Canada et infirmière de rue à Toronto depuis 1988.

« Cela s’aggrave de façon considérable », ajoute-t-elle. « Cela s’est empiré pendant la récession de 2008, mais ça recommence. Ça se fait progressivement. »

Il y a plusieurs facteurs à l’origine du problème de l’itinérance, mais à la base, il s’agit de la diminution de l’offre de logements abordables. L’embourgeoisement contribue à réduire le nombre de maisons de chambres ou d’immeubles à loyer modique, et les gens qui étaient au bas de l’échelle du logement se retrouvent dans des refuges.

« Les gens rebondissent de façon remarquable lorsqu’ils trouvent un loyer faible, qui leur permet d’avoir assez d’argent pour se nourrir… ils prennent du poids, ils peuvent améliorer leurs conditions de logement. C’est vraiment la solution numéro un pour aider les gens à vivre mieux, à avoir une meilleure santé. »

Cathy Crowe

À Toronto, le taux d’occupation des centres d’hébergement officiels de la ville varie de 98 à 100 %, et les conditions de vie peuvent être horribles: 200 personnes dans une salle à quelques pieds les uns des autres, des salles de bain communes et de longues files pour la nourriture.

Les refuges sont pleins à craquer, sont bruyants et souvent très violents. Selon le Bureau de santé publique de Toronto, l’espérance de vie d’une personne sans abri est de seulement 48 ou 49 ans.

À court terme, Mme Crowe pense que la Ville pourrait offrir des refuges plus petits avec seulement une personne par chambre. « La chambre n’a pas à être très luxueuse, elle doit seulement être décente », ajoute-t-elle. Les petites maisons et les maisons d’allée (en anglais seulement) peuvent également constituer une solution rapide.

La ville de l’avenir doit prendre en considération le zonage afin d’offrir davantage de refuges (en anglais seulement) et le Canada doit se doter d’une stratégie nationale sur le logement qui attaque de front la crise de logements abordables.

Aire de jeux colorée dans le parc

Une place pour chacun

Chaque personne mérite d’avoir sa place dans sa communauté, mais trop souvent, les enfants ayant un handicap et les membres de leur famille sont exclus aux niveaux les plus fondamentaux.

« Nous sommes en train de faire face à des environnements scolaires où il n’y a aucune rampe pour permettre aux enfants d’y accéder… ou encore les meubles ne sont pas adaptables », explique la professeure de l’École des études sur la petite enfance, Donna Koller (en anglais seulement), qui étudie l’inclusion sociale des enfants vivant avec une maladie chronique ou un handicap.

« L’impact d’un environnement hostile sur la capacité d’un enfant à tisser des relations et à ressentir un sentiment d’appartenance dans sa propre communauté est énorme », ajoute-t-elle.

Dans le cadre d’un programme de recherche, Mme Koller et ses collègues ont passé en revue environ 150 études portant sur des interventions conçues afin de promouvoir l’inclusion sociale pour les enfants ayant des besoins différents en matière d’accessibilité. Elles ont constaté que souvent, c’est l’enfant qui est considéré comme le problème, au lieu des problèmes sociétaux et environnementaux plus larges, comme la conception inadéquate des bâtiments ou le manque d’équipement approprié.

« Il s’agit de créer des communautés saines sur le long terme où les gens vivent de bonnes expériences ainsi que des expériences sociales positives dans leur enfance. Ces expériences ne s’effaceront pas, ils peuvent même conserver certaines de ces amitiés pendant leur adolescence et à l’âge adulte. C’est pour cela que c’est tellement important. Il ne s’agit pas d’une question touchant uniquement l’enfance. C’est un enjeu de société, car cela ne s’efface pas. »

Donna Koller

Les expériences négatives de l’enfance ne s’effacent pas. Le manque d’inclusion chez les jeunes influence ces mêmes personnes à l’âge adulte, ce qui mène souvent à l’isolation et des difficultés à entretenir des relations saines.

Pour lutter contre ces enjeux, Mme Koller et ses collègues de Ryerson, Aurelia Di Santo (en anglais seulement) et Esther Ignagni (en anglais seulement), participent aujourd’hui à une recherche qui offre de la formation aux enseignants dans la communauté pour les aider à créer des environnements plus inclusifs pour les enfants ayant un handicap.

Mais le changement est possible. Mme Koller indique que les enseignants et les fournisseurs de service doivent accéder à une meilleure formation ainsi qu’à des bâtiments et des lieux publics adéquats afin de mieux accommoder les enfants ayant un handicap. Des services de garde universels contribueraient grandement au succès futur des communautés.

« Si l’on établit des bases solides pour tous les enfants — parce que c’est de ça qu’il s’agit lorsque l’on parle d’inclusion, pas seulement de l’inclusion des enfants ayant un handicap, il s’agit d’inclusion pour tous. »

Hommage de quartier pour les victimes de la fusillade de 2018 à Toronto sur l'avenue Danforth

Photo: Kasuga sur Wikimedia Commons

La fin de la violence liée aux armes à feu

Au cours d’une chaude soirée de juillet 2018, un homme armé d’un pistolet semi-automatique ouvre le feu sur l’avenue Danforth à Toronto (en anglais seulement). Lorsque cette folie meurtrière s’est calmée, trois personnes, y compris l’auteur de la tuerie, un homme âgé de 29 ans, étaient mortes et 13 autres blessées.

Le nombre d’homicides par armes à feu est en forte progression au Canada depuis 2013 (en anglais seulement), mais dans des villes comme Toronto, il n’y a pas grand-chose qui a changé, indique Annette Bailey (en anglais seulement), professeure à la Daphne Cockwell School of Nursing à Ryerson, dont la recherche étudie les causes complexes de la violence par armes à feu au Canada.

« Nous voyons les mêmes enjeux dans les endroits où la violence par armes à feu a lieu à Toronto », ajoute-t-elle. « Il s’agit en général de quartiers pauvres». Tandis que des tueries de masse médiatisées comme la tuerie de Danforth sont isolées, la plupart des décès par armes à feu surviennent de façon répétée dans les mêmes communautés.

Dans les villes canadiennes, les personnes qui commettent des actes de violence par armes à feu sont souvent des jeunes Noirs marginalisés, qui ont souvent déjà expérimenté le traumatisme continu associé aux crimes liés aux armes à feu.

« La pauvreté a un impact sur la propagation de la violence par armes à feu, [mais] d’autres enjeux comme l’absentéisme scolaire, un foyer marqué par l’absence du père, le quartier dans lequel vivent les gens ont également un impact sur sa propagation », poursuit Mme Bailey.

« Les mères et les familles reçoivent peu de soutien en raison de la stigmatisation sociale associée à la violence par armes à feu. Les gens ont tendance à blâmer les victimes, à blâmer les personnes touchées par le deuil. Certaines de ces mères ne reçoivent pas d’indemnisation de victimes parce qu’on leur dit que leur enfant était connu de la police ou bien qu’il a causé sa propre mort. »

Annette Bailey

Les armes de poing, qui sont le plus souvent utilisées dans les tirs en zone urbaine, sont souvent introduites clandestinement au pays par la frontière avec les États-Unis ou encore ce sont des armes volées obtenues illégalement au Canada ou vendues au marché noir par des propriétaires d’armes à feu détenteurs de permis de port d’arme.

« Un jeune à qui j’ai parlé m’a dit : “C’est plus facile d’obtenir une arme à feu que des cigarettes”. »

La résolution du problème de la violence par armes à feu au Canada ne se fera pas seulement en sévissant contre la possession d’armes à feu. Mme Bailey dit qu’il s’agit de briser le cycle du traumatisme et de la revanche, et de s’attaquer aux questions sociétales qui conduisent les gens à avoir recours à une arme à feu.

« Il s’agit beaucoup plus que l’accès [à des armes] », dit-elle. « Il s’agit de l’environnement social, il s’agit de traumatismes, il s’agit de pauvreté, il s’agit de la jeunesse qui ne se sent pas valorisée, qui a perdu tout espoir. C’est tout cela qui alimente le besoin d’avoir une arme à feu et de l’utiliser. »

  

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